Cuisine du monde · Italienne

Risotto aux asperges

choisir le légume avant la recette

La technique du risotto est la même pour tous. Ce qui distingue une assiette réussie d’un plat terne, c’est l’asperge qu’on a achetée et la façon dont on découpe la botte.

Asperges vertes crues posées avec un couteau de cuisine sur une planche en bois foncé
Réponse rapide

Ce qui rate un risotto aux asperges, c’est presque toujours le légume, pas la casserole. On choisit une botte ferme, au talon humide et à la pointe serrée, puis on en fait trois ingrédients : les talons et les épluchures dans le bouillon, les tiges dans le riz pour qu’elles fondent, les pointes cuites à part et posées au moment de servir. Les asperges blanches entrent plus tôt, les surgelées à la toute fin, celles en bocal se mixent en crème plutôt que de rester en morceaux.

Toutes les asperges ne font pas le même risotto

Le mot « asperges » recouvre au moins quatre légumes qui se comportent différemment dans une casserole de riz. C’est la première raison pour laquelle une même recette donne des résultats si inégaux d’une cuisine à l’autre.

Cuisson courte

La verte

Poussée à l’air libre, d’où sa couleur. Peau assez fine pour qu’on se dispense de l’éplucher sur les jeunes calibres, goût herbacé et franc, cuisson rapide. C’est elle qui donne le risotto le plus vif, à condition de ne pas la laisser tremper vingt minutes dans le bouillon.

Épluchage obligatoire

La blanche

Poussée sous terre, buttée, sans jamais voir le jour. Chair plus charnue, amertume nette sous la peau, épluchage complet indispensable. Elle supporte une cuisson plus longue et donne un risotto plus rond, plus sage, moins printanier.

Intermédiaire

La violette

Récoltée juste quand la pointe perce la terre et prend le soleil. Un peu plus fruitée que la verte, un peu plus tendre que la blanche, et elle perd une partie de sa couleur à la cuisson : on réserve ses pointes pour la fin, sinon il n’en reste rien à l’œil.

En finition

La sauvage

Elle n’a de commun que le nom. Très fine, très amère, elle se comporte comme une herbe : une petite poignée ajoutée au moment de servir donne une amertume élégante, mais elle ne remplace pas la garniture principale.

Reconnaître une botte qui tiendra la cuisson

Un risotto pardonne mal une asperge fatiguée. Le légume perd son eau et sa fermeté vite après la récolte, et ce qui rend une asperge filandreuse ou spongieuse se décide à l’achat, pas à la casserole.

Trois signes suffisent. La tige doit crisser franchement quand on la plie, et casser net plutôt que ployer. Le talon doit être humide et clair, pas sec, fendu ou bruni : c’est la coupe, et elle vieillit la première. La pointe doit rester serrée, les écailles bien plaquées ; dès qu’elle s’ouvre et se met à ressembler à un petit épi, le légume monte et sa chair devient fibreuse.

Le calibre, lui, ne dit rien de la qualité mais commande la découpe. Une asperge fine cuit en quelques minutes et se coupe en tronçons courts. Une grosse asperge blanche demande un épluchage sérieux et une découpe plus longue, quitte à fendre les tronçons en deux dans la longueur. Une botte homogène simplifie tout : quand les calibres sont panachés, les fines sont molles avant que les grosses ne soient cuites.

Une botte, trois ingrédients

Une botte d’asperges ne se cuisine pas en une fois : elle se sépare en trois parties qui entrent dans la recette à trois moments différents.

Les talons et les épluchures, qu’on jette d’ordinaire, sont le meilleur ingrédient du plat. Cassés en morceaux et mis à frémir dans le bouillon une vingtaine de minutes avant de commencer le riz, ils lui donnent exactement le parfum qu’on cherche ensuite à obtenir avec les pointes. Un bouillon de volaille ou de légumes ainsi renforcé, filtré et maintenu chaud, fait plus pour le goût final que n’importe quel ajout de dernière minute.

Les tiges, coupées en tronçons d’un à deux centimètres, entrent dans le riz en cours de cuisson. Elles doivent fondre, se défaire un peu, se mêler à l’amidon : c’est leur rôle. Inutile de chercher à les garder croquantes, elles feraient tache dans une préparation dont tout l’intérêt est l’homogénéité.

Les pointes, elles, sont traitées séparément. On les cuit quelques minutes à l’eau bouillante salée ou à la vapeur, puis on les réserve, et on ne les pose sur le risotto qu’au moment de servir. C’est la seule façon d’avoir à la fois un riz parfumé et des morceaux qui ont encore de la tenue et de la couleur.

Le passage à l’eau glacée, oui ou non

Il sert quand les pointes sont cuites à l’avance et doivent attendre : il arrête net la cuisson résiduelle et fixe le vert. Il ne sert à rien si l’on enchaîne directement, et il refroidit alors un élément qu’il faudra réchauffer.

Adapter la technique à l’asperge qu’on a

Le déroulé du risotto ne change pas : nacrage, mouillage au bouillon chaud louche par louche, liaison finale hors du feu. Ce qui change, c’est la façon dont le légume s’y insère.

Type d’aspergePréparationQuand elle entre dans le riz
Verte, calibre finTalons cassés, pas d’épluchage, tronçons courtsTiges 5 à 6 min avant la fin, pointes au service
Verte, gros calibreÉpluchage du tiers inférieur, tronçons fendusTiges 7 à 8 min avant la fin, pointes au service
BlancheÉpluchage complet sous la pointe, tronçons épaisTiges 8 à 10 min avant la fin, ou précuites à part
SurgeléeAucune décongélation, telle quelleDans les 2 dernières minutes
En bocal ou en conserveRincée, mixée avec un peu de bouillonIncorporée en crème à la liaison finale

Deux erreurs reviennent sans cesse, et elles sont symétriques. La première consiste à jeter toutes les asperges dans le riz dès le départ : au bout de dix-huit minutes, elles ont cuit deux fois, elles sont grises et elles ont rendu leur eau dans la casserole. La seconde est l’inverse, n’ajouter le légume qu’au tout dernier moment, ce qui donne un riz nature avec des morceaux posés dessus, sans que rien ne se soit parfumé.

Hors saison

surgelées, bocal, et ce qu’on y perd

La saison française de l’asperge dure du printemps au début de l’été. Le reste de l’année, la question n’est pas de savoir s’il faut se rabattre sur autre chose, mais comment le faire proprement.

Les surgelées sont l’option la plus honnête. On ne les décongèle pas, sinon elles rendent leur eau deux fois et se défont. La texture reste plus tendre que celle du légume frais, la couleur tient plutôt bien, et le parfum, plus discret, se rattrape en réduisant le bouillon d’un tiers avant de s’en servir et en ajoutant quelques gouttes de citron hors du feu.

Les asperges en bocal ou en conserve posent un autre problème : elles sont déjà cuites, souvent longuement, et généralement salées. Les laisser en morceaux donne des tronçons mous qui se distinguent mal du riz. Elles rendent bien plus service mixées en crème avec un peu de bouillon, puis incorporées en fin de cuisson comme élément de liaison : le risotto prend leur goût et leur couleur sans qu’on ait à mâcher un légume défait. Il faut alors les rincer, goûter avant de saler, et relever avec un trait de citron.

Ce qu’on perd, dans les deux cas, c’est la tenue et le vert franc. Ce qu’on garde, c’est le parfum, à condition d’aller le chercher ailleurs que dans le légume lui-même.

La recette de référence, une fois l’asperge choisie

Le déroulé ci-dessous suppose la technique du risotto acquise et ne s’attarde que sur ce qui concerne le légume.

Pour 4 personnes

Deux bottes d’asperges vertes, 300 g de riz à risotto, 1,5 l de bouillon de volaille ou de légumes, 1 oignon, 10 cl de vin blanc sec, une noix de beurre bien froid, du parmesan râpé.

  1. Faire le bouillon d’asperges

    Casser les talons, les ajouter avec les épluchures au bouillon, laisser frémir une vingtaine de minutes, filtrer et maintenir chaud. C’est cette étape, et non la garniture, qui donne son goût au plat.

  2. Préparer les deux textures

    Blanchir les pointes trois à quatre minutes, les rafraîchir, les réserver. Couper les tiges en tronçons d’un à deux centimètres.

  3. Nacrer le riz

    Faire suer l’oignon finement haché dans un peu de beurre, ajouter le riz et le remuer jusqu’à ce que les grains deviennent translucides sur les bords. Déglacer au vin blanc et laisser évaporer.

  4. Mouiller louche par louche

    Verser le bouillon chaud au fur et à mesure, en remuant régulièrement, pendant seize à dix-huit minutes selon le riz. Ajouter les tronçons de tige cinq à six minutes avant la fin pour qu’ils aient le temps de fondre.

  5. Lier hors du feu, puis dresser

    Retirer du feu, attendre une minute, incorporer vigoureusement le beurre froid et le parmesan : la mantecatura se fait feu éteint, sinon la liaison se casse. Rectifier l’assaisonnement, poser les pointes tièdes, servir immédiatement.

Un risotto ne se réchauffe pas vraiment. Les restes se transforment mieux en boulettes panées le lendemain qu’ils ne se rattrapent à la casserole. Côté verre, un blanc sec et vif, sans bois, accompagne l’amertume de l’asperge sans lutter contre elle.

Faut-il éplucher les asperges pour un risotto ?

Les blanches, toujours, sur toute la longueur sous la pointe : leur peau reste fibreuse même bien cuite. Les vertes fines n’en ont pas besoin. Les vertes épaisses gagnent à être pelées sur le tiers inférieur seulement. Dans tous les cas, les épluchures partent au bouillon plutôt qu’à la poubelle.

Quelle quantité prévoir si l’asperge est le plat lui-même ?

Le repère d’une demi-botte par personne vaut pour un risotto de garniture, où le riz domine. Quand l’asperge devient le sujet du plat — service en entrée généreuse ou plat unique de printemps — on monte à une botte pour deux, et on augmente surtout la part de pointes, puisque c’est elle qui se voit et se mâche.

Peut-on faire un risotto avec des asperges surgelées ?

Oui, à condition de ne pas les décongeler et de les ajouter dans les deux dernières minutes. La texture est plus tendre et le parfum plus discret que sur du frais : on compense avec un bouillon réduit d’un tiers et quelques gouttes de citron hors du feu.

Mes asperges sont fibreuses alors qu’elles sont déjà cuites : que faire ?

Les fibres ne se rattrapent pas par une cuisson plus longue, elles se contournent. Les tronçons concernés se mixent avec un peu de bouillon et se réincorporent au riz en crème de liaison ; on ne garde entiers que les morceaux qui cèdent sous la pointe d’un couteau. Pour éviter le problème la prochaine fois, retenez que la cassure de la tige à la main n’est qu’un repère grossier et plutôt généreux : le point de rupture dépend surtout de l’endroit où l’on tient l’asperge. Sur les gros calibres, couper à un ou deux centimètres du talon puis éplucher la base gaspille beaucoup moins de légume.

Quel riz utiliser pour un risotto aux asperges ?

Un riz rond italien riche en amidon, carnaroli de préférence pour sa tenue, arborio si c’est ce qu’on trouve. Aucun riz long ne donnera la liaison crémeuse attendue, quelle que soit la technique employée.

Une fois qu’on a compris que la botte se lit avant d’être coupée, le reste du risotto devient une formalité.