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Vin de sureau

fleurs ou baies, la méthode et les pièges

Deux recettes derrière un même nom, une confusion d’arbuste à ne pas faire et une cuisson qui n’est pas négociable.

Ombelles blanches de sureau en pleine floraison sur l'arbuste, entre les feuilles dentées
Réponse rapide

Le vin de sureau désigne deux boissons différentes : une macération de fleurs fermentée, faite en juin, pâle et florale, et une préparation de baies noires cuites, faite fin août, sombre et vineuse. Dans les deux cas, il faut avoir identifié un sureau noir — arbuste ligneux à grappes retombantes — et non un sureau hièble, herbacé et toxique.

  • Fleurs en juin : macération sucrée au citron, fermentation de quelques semaines, boisson légère à boire dans l’année.
  • Baies fin août : cuisson obligatoire avant fermentation, résultat sombre et tannique qui gagne à attendre six mois.
  • Deux repères de terrain : du bois et des grappes qui retombent, c’est le sureau noir ; pas de bois et des grappes dressées, on laisse.
  • Jamais de baies crues : elles contiennent des hétérosides cyanogènes que la chaleur neutralise.

Deux boissons portent ce nom, et elles n’ont rien à voir

La première se fait en juin, avec les ombelles blanches encore couvertes de pollen. On les fait macérer dans de l’eau sucrée avec du citron, on laisse fermenter quelques semaines, et on obtient une boisson pâle, légèrement pétillante, au nez de fleur et de muscat. Peu alcoolisée, à boire dans l’année.

La seconde se fait fin août ou début septembre, avec les baies noires. Elle donne un liquide sombre, tannique, franchement vineux, qu’on met en bouteille et qu’on oublie plusieurs mois avant d’y goûter. Rien à voir en bouche, ni en méthode.

Ni l’une ni l’autre n’est un vin au sens réglementaire, qui suppose du raisin. Ce sont des boissons fermentées de fleurs ou de fruits : l’usage courant leur donne le nom de vin et personne ne s’en offusque, mais l’étiquette d’un producteur ne pourrait pas le porter.

Reconnaître le sureau noir, écarter le hièble

Deux plantes se ressemblent de loin. L’une se consomme après préparation, l’autre pas du tout. Le tableau ci-dessous confronte les critères observables sans compétence botanique particulière.

CritèreSureau noir (à récolter)Sureau hièble (à laisser)
Port de la planteArbuste ou petit arbre ligneux, qui garde sa charpente en hiverPlante herbacée qui disparaît chaque hiver et repousse de la souche
HauteurSouvent plusieurs mètres, jusqu’à la taille d’un petit arbreDépasse rarement un mètre cinquante
Tiges et écorceBois véritable, écorce crevassée sur les vieux sujetsTiges molles, vertes ou rougeâtres, sans bois
Grappes de baies mûresRetombent vers le sol sous leur propre poidsRestent dressées vers le ciel
UsageFleurs crues, baies après cuissonBaies toxiques, aucune utilisation alimentaire
Au moindre doute, on ne cueille pas

Ces deux repères — la présence de bois et le sens des grappes — suffisent dans l’immense majorité des cas, mais ils ne remplacent pas un œil exercé. Si l’identification n’est pas certaine, mieux vaut renoncer à la récolte ou la faire valider par quelqu’un d’expérimenté avant de préparer quoi que ce soit.

Côté calendrier, les fleurs se ramassent de mai à juin selon les régions et l’altitude, par temps sec et plutôt en milieu de journée, quand les ombelles sont bien ouvertes et sentent fort. Les baies suivent en fin d’été, une fois noires, brillantes et souples : les grappes encore rouges ou vertes ne se cueillent pas. On évite les bords de route passants et les lisières traitées, comme pour toute cueillette.

Ce qui se consomme, ce qui ne se consomme pas

Les fleurs s’utilisent telles quelles, sans cuisson. On secoue les ombelles pour déloger les insectes, on ne les rince pas — le rinçage emporte le pollen, qui porte l’essentiel du parfum — et on coupe au ras les tiges vertes, amères.

Les baies mûres se consomment cuites, et seulement cuites. Les baies, mais aussi les feuilles, les tiges, l’écorce et les graines contiennent des hétérosides cyanogènes, dont la sambunigrine. Crues et en quantité, les baies provoquent nausées et vomissements. Ces composés sont thermolabiles : une vingtaine de minutes de frémissement les neutralise, ce qui rend les fruits parfaitement utilisables. D’où la règle simple : aucune baie crue dans une préparation, aucune feuille ni bout de tige dans le seau.

Cet article ne traite que de la fabrication d’une boisson. Le sureau traîne une réputation de plante médicinale que rien, ici, ne viendra confirmer ni infirmer : ce n’est pas le sujet, et une préparation maison n’est pas un traitement.

Le vin de fleurs de sureau, pas à pas

Matériel et ingrédients, pour environ cinq litres

Côté matériel : un seau de fermentation alimentaire de dix litres avec couvercle, une dame-jeanne de cinq litres, un bouchon percé et un barboteur, un tuyau de soutirage, un entonnoir avec filtre fin, et des bouteilles avec bouchons adaptés. Tout doit être propre et rincé à l’eau claire après nettoyage. Côté ingrédients : une vingtaine de belles ombelles, 1 kg à 1,2 kg de sucre, trois citrons non traités, cinq litres d’eau et un sachet de levure à vin — la levure de boulanger fonctionne mais laisse un goût de pain.

  1. Préparer le moût sucré

    Dissoudre le sucre dans un litre d’eau chaude, puis compléter à l’eau froide dans le seau jusqu’à cinq litres. Le mélange doit redescendre entre 18 et 25 °C avant la suite : au-delà de 40 °C, la levure ajoutée plus tard mourrait, en dessous de 15 °C elle resterait endormie.

  2. Lancer la macération des fleurs

    Ajouter les ombelles, le jus et les zestes des trois citrons. Couvrir d’un linge, remuer une fois par jour, laisser trois à quatre jours à température ambiante. Le liquide se colore à peine et prend un parfum très net de fleur.

  3. Filtrer et ensemencer

    Retirer les fleurs en filtrant, vérifier que le liquide se situe bien entre 18 et 25 °C, puis ajouter la levure réhydratée selon les indications du sachet. Refermer avec le linge le temps du démarrage.

  4. Fermentation primaire

    Elle démarre en un à deux jours et dure environ une semaine : mousse en surface, bouillonnement visible, odeur franche de levure. Remuer chaque jour reste utile pendant cette phase.

  5. Transvaser et poser le barboteur

    Siphonner dans la dame-jeanne en laissant les dépôts au fond du seau, poser le bouchon percé et le barboteur. La fermentation secondaire prend trois à six semaines : les bulles s’espacent, le liquide s’éclaircit, un nouveau dépôt se forme.

  6. Soutirer, embouteiller, attendre

    Soutirer une deuxième fois quand le barboteur ne bouge plus depuis plusieurs jours d’affilée, puis mettre en bouteille. Stocker au frais et à l’abri de la lumière, et attendre au minimum deux mois avant de goûter.

La version aux baies

plus vineuse, plus exigeante

Le principe est le même, la matière première change tout. Pour cinq litres, compter environ 2 kg de baies égrappées, 1,5 kg de sucre et quatre litres et demi d’eau, plus le jus de deux citrons pour l’acidité.

On égrappe les baies mûres à la fourchette et on écarte les fruits verts ainsi que les fragments de tige, puis on les couvre d’eau et on porte à frémissement une vingtaine de minutes. Cette cuisson n’est pas facultative : c’est elle qui neutralise les composés évoqués plus haut, et c’est aussi elle qui extrait la couleur.

On écrase ensuite les baies cuites, on filtre, on ajoute le sucre — les baies sont plus acides et plus tanniques que les fleurs, elles en demandent davantage — et on ensemence de la même façon, dans la même fenêtre de température. La fermentation est plus longue, souvent six à huit semaines en secondaire, et le liquide reste trouble plus longtemps.

Le résultat n’a rien de floral : c’est sombre, un peu âpre, avec une amertume de peau de fruit qui s’arrondit à la garde. Six mois de bouteille lui vont mieux que deux. En cuisine, cette version se comporte comme un rouge léger, en déglaçage sur du gibier ou du canard, ou réduite avec du sucre en sirop pour un dessert.

Les ratés fréquents et le cadre à respecter

La fermentation qui ne démarre pas a presque toujours une explication banale : liquide trop chaud au moment d’ajouter la levure, qui l’a tuée, liquide trop froid qui l’endort, ou concentration en sucre excessive. On rattrape en réhydratant une nouvelle levure à part, dans un peu de moût tiède, avant de l’incorporer.

Un voile blanc en surface, une odeur de vinaigre ou de vernis signalent des bactéries acétiques, qui travaillent au contact de l’air. Le remède est préventif : matériel propre, récipient bien rempli, barboteur en place dès la fermentation secondaire. Une fois le vinaigre installé, on ne revient pas en arrière.

Le point le plus sérieux concerne la mise en bouteille. Embouteiller une fermentation encore active, c’est enfermer du gaz qui n’a nulle part où aller : les bouteilles se mettent sous pression et peuvent éclater. On attend l’arrêt complet du barboteur pendant plusieurs jours d’affilée, on utilise des bouteilles prévues pour la pression si l’on cherche un léger perlant, et on stocke au frais.

Reste le cadre. Fabriquer une boisson fermentée pour sa consommation familiale ne pose pas de difficulté ; la distiller pour en tirer un alcool fort relève d’une réglementation à part, qu’on ne contourne pas. Et même léger, ce vin de sureau contient de l’alcool : ce n’est pas une boisson d’enfant, et le sirop de fleurs, non fermenté, reste la bonne réponse pour les servir aussi.

Le vin de sureau se fait-il avec les fleurs ou avec les baies ?

Les deux existent, et ce sont deux boissons distinctes. Les fleurs, cueillies en mai-juin, donnent un liquide pâle et floral, légèrement pétillant, prêt en quelques mois. Les baies, cueillies fin août, donnent une boisson sombre et tannique qui demande une cuisson préalable et une garde plus longue.

Les baies de sureau sont-elles toxiques ?

Crues, elles posent problème. Les baies, comme les feuilles, les tiges et l’écorce, contiennent des hétérosides cyanogènes dont la sambunigrine, qui provoquent nausées et vomissements lorsqu’on en consomme en quantité. Ces composés sont détruits par la chaleur : une vingtaine de minutes de frémissement rend les baies mûres parfaitement utilisables.

Comment distinguer le sureau noir du sureau hièble ?

Deux repères suffisent le plus souvent. Le sureau noir est ligneux : c’est un arbuste ou un petit arbre qui garde sa charpente en hiver, et ses grappes de baies mûres retombent vers le sol. Le hièble est une plante herbacée qui disparaît chaque hiver, plus basse, dont les grappes restent dressées vers le ciel. Ses baies sont toxiques : au moindre doute, on ne cueille pas.

Quand faut-il cueillir les fleurs de sureau ?

De mai à juin selon les régions et l’altitude, par temps sec et plutôt en milieu de journée, quand les ombelles sont bien ouvertes et sentent fort. On les secoue sans les rincer : le rinçage emporte le pollen, qui porte l’essentiel du parfum.

Combien de temps avant de pouvoir le boire ?

Pour la version aux fleurs, comptez trois à quatre jours de macération, une semaine de fermentation primaire, trois à six semaines de secondaire, puis au moins deux mois de bouteille. La version aux baies demande une fermentation plus longue et gagne à attendre six mois.

Pourquoi ma fermentation ne démarre-t-elle pas ?

Le plus souvent, la levure a été ajoutée dans un liquide trop chaud, ce qui la tue au-delà de 40 °C, ou trop froid, ce qui l’endort sous 15 °C. Une concentration en sucre excessive produit le même blocage. On rattrape en réhydratant une nouvelle levure à part dans un peu de moût tiède avant de l’incorporer.

Peut-on en donner aux enfants ?

Non. Même léger, le vin de sureau est une boisson fermentée qui contient de l’alcool. Le sirop de fleurs de sureau, préparé sans fermentation, est la bonne réponse pour les servir : même parfum, aucun alcool.

Une bouteille de fleurs ouverte l’été suivant sent encore le mois de juin où on l’a remplie : c’est à peu près la seule raison valable de s’imposer six semaines de barboteur.